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G.W :
Dites-moi chère, très
chèèèère Elisa POINT, vous considérez-vous
comme une chanteuse?
E.P :
Chanteuse ?
G.W :
(légèrement excédée)
Oui, les paillettes, le strass, les petits pas de danse, entourée
de boys, le folklore de la scène quoi...
E.P :
Non, ça je ne crois pas.
Je serais plutôt une chuchoteuse ou une actrice musicale,
mais chanteuse, non...
G.W :
Chuchoteuse !!! Je vois, l'exhibitionnisme
vocal ne fait pas partie de vos cordes...
E.P :
Pas vraiment, même si j'ai
une grande admiration pour les "voix".
G.W :
Comme c'est paradoxal... vous aimez
les "voix" ?
E.P :
Oui, celles qui ont vécu
une fêlure ou un secret.
G.W :
Des noms ! Des noms !
E.P :
Eh bien, Billy Holliday, Barbara, K.D Lang..
G.W :
(exaltée presque fiévreuse)
Mais ce sont des DIVAS que vous me citez-là. Avec elles,
le mot "chanteuses"
prend des ailes, s'envole vers une autre dimension...
Ah, très chère, on s'éloigne de ces "Aliens"
fabriqués à la chaîne,
de ces monstres de banalité qui ont désacralisé
la chanteuse et son pouvoir de rêve.
(Un blanc). Ginette un peu essoufflée par sa tirade
se ressert
un cinquième verre de lait-vodka. Puis tel un aigle)
Avez-vous pris des cours de chant ?
E.P :
Ca m'aurait follement amusée, mais le professeur en aurait
eu une dépression !
G.W :
Il est vrai que votre tessiture est assez déconcertante
et, comment dire,
cette absence totale de technique en aurait décoiffé
plus d'un.
(Allumant son doigt, puis une cigarette)
Vous avez pourtant une couleur de voix, comment dire, singulière,
oui, très singulière...
(Cherchant son briquet et ses phrases dans son sac) et, comment
dire,
de l'instinct pour l'interprétation, cela peut aider, me
trompe-je ?
E.P :
Ca aide quand on a un pygmalion qui vous souffle l'air ou la
chanson,
mais ce n'est pas mon cas, j'ai toujours été rebelle
au chantage, et puis j'ai besoin d'évoquer...
G.W :
(La coupant)
Un univers dont vous êtes l'auteur ?
E.P :
Oui, et ça, ça dérange, surtout quand on
est une fille, on est plus habitué au savoir-faire des garçons...
G.W :
(Larguée mais rêveuse)
Moui, moui, les garçons, comme vous dites, ont toujours eu
ce privilège depuis la nuit des temps.
Mais, dites-moi, Elisa POINT, comment composez-vous ?
E.P :
Un peu comme un jeu de sensations, une réussite où
les cartes seraient des mots.
Avec Frédéric Léonard, nous composons, lui
au clavier, moi à la voix, des climats
où la mélodie est le metteur en scène. J'écris
mes chansons comme des petits films,
puis je les joue au micro, d'où cet emploi du terme "actrice
musicale".
J'aime particulièrement les flash-backs, la nostalgie;
j'utilise les gros plans dans les refrains, l'image arrêtée
dans le thème.
G.W :
(Pensant à autre chose)
Vous idéalisez la poésie du quotidien... (Revenant
à elle puis à son verre)
Avez-vous des racines musicales ?
E.P :
Je ne sais pas... Je dirais plutôt une mosaïque d'influences
qui va de mes goûts adolescents à maintenant...
Frédéric, lui est plutôt techno-dance, il a
fait l'habillage d'Arte,
et les défilés de Jean-Paul Gaultier, Chanel...
G.W :
(De plus en plus alcoolisée)
Comme il doit être riche ! Eh oui, tout au long de la vie,
les chansons sont de vrais signaux d'amitié,
hic, des échos amoureux, hic, hoc...
D'ailleurs, une simple chanson devient magiiique
quand on a mal au coeur, et le coeur n'est pas qu'un simple moteur...
Ginette bercée par ses propres questions s'endort, ravie,
sur la banquette skaï et bois de la "Closerie des Lilas".
Elisa POINT, à qui l'on tend une impressionnante addition,
cherche un flot de monnaie pour régler le verre d'eau et
les 19 lait-vodka de Ginette.
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